top of page

Lâche-toi (un peu) la grappe : la culpabilité maternelle, les injonctions & l'art de faire autrement

Dernière mise à jour : 2 avr.

Je vais commencer par des aveux.


J'ai arrêté le cododo avec mes fils après 4 et 7 mois, ils ont parfois dormi sur moi (et je dormais en même temps).

Ils ont eu des tétines, même allaités.

J'ai allaité longtemps et ils ont eu des biberons de lait en poudre parce que je n'avais juste pas envie de tirer mon lait.

Ils ont mangé des petits pots industriels. Mon grand mange du saucisson et il adore les huitres (a priori c'est bien mon fils mais on pourrait se poser la question du coup).

Dans la voiture, ils sont passé face à la route bien avant qu'on ne puisse plus faire autrement.

Il y a eu des écrans avant 3 ans à la maison.

Je pourrais continuer. Et je n'ai aucun problème à le dire.


Ce sont des choix que j'ai faits, mes choix, dans ma réalité, pour maintenir un équilibre qui me permette d'être là, vraiment là, pour mes enfants. Je ne t'encourage pas à faire pareil. Je ne fais pas la promotion du saucisson à 3 ans ni du temps d'écran illimité. Ce que je fais, c'est nommer ce que beaucoup vivent en silence et que peu osent dire à voix haute : parfois, on lâche du lest. Et c'est normal. Ce que je ne fais pas non plus, c'est prétendre que je ne culpabilise jamais. Parce que ce serait faux !



Je me pose des questions, moi aussi

Je suis doula. J'étudie la psychologie. Je lis, je me forme, je réfléchis au développement de l'enfant, à la santé parentale et notamment maternelle, à l'attachement, à la façon d'accompagner les émotions et les frustrations. Et pourtant, ou peut-être à cause de ça, je me pose énormément de questions sur mes propres enfants. Est-ce que je fais bien ? Est-ce que je suis assez disponible ? Est-ce que j'ai bien géré cette crise ce soir ? Est-ce que j'aurais dû réagir autrement ?


La culpabilité, je la connais de l'intérieur. Et je veux être honnête là-dessus parce que les discours qui disent "arrête de culpabiliser" m'ont toujours un peu agacée, pas parce qu'ils ont tort sur le fond, mais parce qu'ils créent parfois une nouvelle injonction. Comme si culpabiliser était en soi une faute supplémentaire. Comme si la bonne mère était non seulement parfaite, mais sereine face à ses imperfections.


La culpabilité parentale, quand elle n'est pas paralysante, est aussi le signe qu'on s'implique, qu'on réfléchit, qu'on cherche à faire mieux. Ce n'est pas un ennemi, c'est un signal. Ce qui est épuisant, c'est quand elle devient disproportionnée et nourrie en permanence par des standards inatteignables.



Le paradoxe de l'information

On n'a jamais autant su de choses sur comment élever un enfant. Les études, les recommandations officielles, les comptes Instagram de pédiatres, les groupes Facebook de mamans, l'information est partout, accessible, immédiate. Et c'est une chance réelle.


Mais cette abondance a un revers. Le sociologue Frank Furedi a documenté comment les sociétés occidentales ont progressivement transformé la parentalité en gestion anxieuse du risque, au point que les parents doutent de leurs propres instincts, délèguent leur jugement à des experts extérieurs, et culpabilisent en permanence. Plus on nous donne d'information, plus on crée de la dépendance et de l'insécurité. C'est le paradoxe.


En parentalité, ça ressemble à ça : tu sais que le cododo présente des bénéfices pour le lien d'attachement, et tu sais qu'il présente des risques si certaines conditions ne sont pas réunies, et tu as lu ce témoignage sur un forum, et ta sage-femme t'a dit autre chose, et tu n'as pas dormi depuis six semaines. Alors tu fais quoi ?

Tu fais avec ce que tu as. Et c'est déjà beaucoup.



La mère suffisamment bonne

Winnicott, pédiatre et psychanalyste britannique, avait un concept que j'aime beaucoup : la good enough mother : la mère suffisamment bonne. Pas parfaite. Suffisamment bonne.

Ce qu'il observait, c'est que l'enfant n'a pas besoin d'un parent sans failles. Il a besoin d'un parent suffisamment disponible, suffisamment attentif, suffisamment réparateur après les ratés inévitables. Les micro-échecs, les moments où on n'est pas là comme on aurait voulu, les soirs où on a craqué, tout ça fait partie du développement normal. Ce n'est pas malgré les imperfections que l'enfant se construit, c'est aussi avec elles.

Ce concept date des années 50 et il reste d'une actualité désarmante, peut-être justement parce que notre époque en a tant besoin.


Ce n'est pas l'accumulation de bonnes pratiques cochées une par une qui construit un enfant en sécurité. C'est une présence imparfaite, humaine, et réparatrice.

Ta balance, pas celle des autres

L'information est utile quand elle te sert, toi, dans ton contexte, avec tes ressources, ton histoire, ta famille. Une recommandation générale est construite pour une population, pas pour toi spécifiquement. Elle ne connaît pas ta réalité, ton entourage ou pas, ton enfant, tes antécédents. Faire sa propre balance bénéfices-risques, c'est une compétence. Ça demande de se connaître, de connaître son enfant, et d'avoir la liberté intérieure de choisir sans se justifier à chaque décision.


Tu as le droit d'essayer. De te tromper. De changer d'avis. D'évoluer, d'évaluer, de revenir en arrière. D'apprendre et d'inventer ton équilibre avec ton enfant. Tu as le droit de faire en sorte que ce soit plus facile pour toi, parce qu'un parent épuisé, culpabilisé, à bout, n'est pas plus disponible qu'un parent qui a dormi et lâché prise sur le dessin animé.


Méfie-toi des discours trop tranchés, des injonctions qui pullulent sur les réseaux, y compris celles qui te disent de ne jamais culpabiliser. Interroge-toi simplement : est-ce que ça m'aide ? Est-ce que ça m'apporte quelque chose de positif ? Si la réponse est non, alors ce n'est peut-être pas la bonne solution pour toi.


Nourris ce qui te semble juste. Le reste, tu peux lui lâcher la grappe.


Sources : Winnicott D.W., The Child, the Family, and the Outside World (1964) · Furedi F., Paranoid Parenting (2001, rééd. 2008) · Hays S., The Cultural Contradictions of Motherhood (1996)

Commentaires


Important : l'accompagnement périnatal proposé est entièrement non-médical et non-thérapeutique. Il ne remplace pas le suivi médical réalisé par votre sage-femme, gynécologue ou médecin traitant durant votre grossesse, lors de votre accouchement et en période postnatale. Une doula n'est pas une sage-femme et  n'est en aucun cas habilitée à établir des diagnostics, ni à réaliser des actes médicaux relatifs à la santé de la maman et du bébé, au bon déroulement de votre grossesse et/ou de votre accouchement et/ou de vos suites de couche. 

Sarah Bouchet - Aux Temps d'Amour

  • Instagram
  • Facebook

© 2022 par Sarah Bouchet

Aux Temps d'Amour

bottom of page